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La patience ne s’apprend pas, elle se vit.

Voici mon histoire :
A ma naissance, mon monde était peuplé de nombreux esprits aux apparences amusantes et colorées.

Pour moi, il est naturel de parler à chaque chose, car tout est vivant, conscient, drôle et avec des yeux complices. Je passais beaucoup de temps à rire, à discuter avec les arbres et tout ce qui m’entourais.

Puis un jour, une grande personne aigrie, ayant éteint ses propres rêves me dit que tout ce que je percevais été le fruit de mon imagination, que tout cela été faux et n’existait pas. Je n’eus même pas le temps de dire au revoir à mes amis que tout disparut. Mon monde s’effaça en un instant, il devient gris, triste, dénué de sens et moi aussi par la même occasion.

 

 

Alors, au travers d’une feuille blanche, là où tout est possible,  je découvris une manière de retrouver mes camarades, même si cela restait teinté de mes peurs. Tous les jours, je les dessinais pour les revoir, encore et encore. Poussé par le souvenir de cette forte complicité, je souhaitais aller plus loin.

Un jour, je partis voir les grands chefs de l’invisible, les chamans Shipibo-conibo, gardiens des secrets des esprits, pour qu’ils m’aident à retrouver mes amis. Au cœur de la forêt Amazonienne, accompagné de leurs savoirs des plantes soignantes, ils m’aidèrent à me réveiller d’un long sommeil.

Voici le récit de cette rencontre, de mon initiation chamanique.

Enfin … cela est la version un peu romancée, mais ça ne s’est pas réellement passé comme ça, je suis allé les voir simplement parce que je n’étais pas bien. Voici le vrai récit de mon histoire :

La rencontre

Je suis allé à leur rencontre après des années de débauches en Belgique, à abuser pleinement de mon adolescence, à en être vraiment mal an point, psychologiquement psychiquement, jusqu’à en toucher le fond.

J’ai à ce moment-là débuté un long parcours de santé qui a commencé par la rencontre avec les guérisseurs traditionnels du Pérou, plus communément appelés des chamans ; grands gardiens des secrets de la nature et des esprits, maitres de l’invisible, remplis d’une connaissance ancestrale en particulier connue pour leur art de soigner.

Je suis donc parti au Pérou rencontrer en particulier Guillermo Arevalo alias kestenbetsa, que l’on peut voir dans le documentaire « d’autre mondes » de Jan Kounen, afin qu’ils m’aident et me soignent sans que j’en sois réellement conscient.

 

 

La première fois que j’ai vu Guillermo, j’étais assis dans le bureau où il recevait ses patients. Il m’a regardé droit dans les yeux, je me sentis nu face à lui. J’eus la sensation qu’il pouvait lire, décrypter et connaître bien plus de choses que je ne connaissais de moi-même.

Tout en me transperçant de son regard il me demanda alors lentement, tranquillement pourquoi j’étais venu le voir.

Je me souviens qu’à l’époque cette simple question m’avait complètement déstabilisé sans comprendre pourquoi.

Je répondis, excité comme un ado, le sourire aux lèvres et avec insouciance que je venais apprendre.

Un long silence s’installa alors pour, je suppose, me laisser ressentir seul, la solidité et la validité de ma demande. Puis il répondit très calmement et très clairement :

« Ici … tu vas principalement apprendre … deux choses ….. La patience….. et l’humilité ».

 

 

 

Je me souviens de la première nuit de cérémonie avec Guillermo et Ricardo son ancien bras droit. Quasi toute la nuit, des larmes coulèrent sur mes joues devant la beauté des chants, la profondeur des mélodies, de leurs vibrations. Tout mon corps, tous mes sens, mes cellules, jusqu’au plus profond mon âme, pleurèrent ensemble devant une telle beauté.

Voici tous les dessins réalisés avant, pendant et après ma rencontre avec la médecine des Shipibo-conibo.

Je suis resté dans son centre plus d’un mois et demi à dieter la plante du tabac, à boire leur médecine l’ayahuasca quasi chaque soir, (2 à 3 verres de ce jus hautement concentré au goût immonde). Entre les sessions fortes et les sessions douces, entre les rires et les pleures. Commençant ainsi à me remettre peu à peu en question, baigné et bercé par les chants et la bienveillance de Guillermo.

Rentré en Belgique, j’ai abandonné mes études d’art pour partir directement en Australie afin de réfléchir à ce que je souhaitais faire de ma vie. Quelque chose d’important c’était passé au Pérou et la puissante nature Australienne était juste parfaite pour méditer et intégrer ce vécu.

Enfin, oui ! Après un an j’étais sûr de moi : je souhaitais commencer à apprendre cette magnifique médecine ancestrale des Shipibos-Conibos, apprendre à chanter comme eux,  apprendre leur langage, apprendre leur art, apprendre à soigner les gens …
Sans repasser par la case départ (Europe), je suis directement parti d’Australie au Pérou, pensant que j’y allais pour un ou deux mois, … rire.

Première année d’apprentissage

Arrivé devant Guillermo, donc un an plus tard, un peu moins excité que la première fois, je lui annonce assez déterminé qu’après avoir bien réfléchi, je suis revenu pour apprendre. Il me regarda et me dit : « Très bien, si tu veux apprendre de manière traditionnelle, alors c’est un an seul en forêt. Ça tombe bien, je vais ouvrir un nouveau centre spécialement pour transmettre la médecine de mon peuple. Tu serras donc le premier apprenti à y aller. »
Je répondis sans réfléchir « Ok allons y !!! » enfin là pour le coup j’y allais seul, … rire.

Comment réellement arriver à retranscrire et à partager le vécu d’un an dans la grande forêt amazonienne ? Seul, sans voir, ni parler à qui que ce soit, si ce n’est que rarement avec le chaman.

Un régime alimentaire imposé, très strict,  très maigre et identique pendant un an : poisson cuit au feu de bois sans sel, sans huile, sans épice et des bananes plantains vertes cuites à l’eau, rien d’autre. Matin, midi et quelque fois le soir.

Une cabane en bois appelée « Tombo », muni d’un toît de feuilles séchées et des murs faits de moustiquaire. Un lit, un hamac, une petite table. Bref, nu dans la forêt. Je pense qu’il faudrait un livre entier pour transmettre réellement ce que j’ai vécu là-bas, un an c’est long !!!

La médecine des shipibos-conibos s’apprend directement des plantes. Ce sont elles qui enseignent l’art de soigner au court de longue diète de plantes dites « maîtresses ».

Le chaman est là comme un tuteur ; il vérifie à ce que la graine plantée pendant la diète, germe et pousse dans la bonne direction, en quelque sorte.

Cette première année j’ai Dièté les plantes Marosa et Ajo sacha.

Une grande histoire d’amour avec ces deux plantes, croyait moi.

Dièter : c’est apprendre d’une ou plusieurs des plantes maîtresses que l’on boit et le chaman nous connecte à elles au cours d’une cérémonie. Comme déjà mentionné, on suit un régime alimentaire très strict qui a pour effet de baisser considérablement l’énergie physique, augmenter par la même occasion la sensibilité, les sens et le ressenti. Ainsi, donc on capte mieux l’énergie de la plante, une énergie fine mais puissante qui enseigne. Je pouvais ressentir de loin l’approche de quelqu’un dans le centre. A fleur de peau, par mes sens si aiguisés, je captais qu’elle avait été l’humeur de la cuisinière pendant qu’elle préparait mon repas, par exemple.

Tout vibre : chaque mouvement dans la forêt, chaque particule communique, tout prend vie. Tout ce que l’on pensait savoir ou connaître de la vie s’écroule. Le monde des esprits est palpable.

Dans la vie de tous les jours, en Occident, lorsque l’on est face à une difficulté, il existe un tas de stratagèmes, souvent inconscients pour fuir ou contourner le problème. Allez jouer à un jeu vidéo, appeler un ami, allez marcher, se blottir devant la télé …

Alors, en isolation … il n’y a rien !

On est seul face à soit même, sans pouvoir fuir, sans pouvoir échapper à ce qui apparaît. Physiquement faible, le ressenti à fleur de peau, on doit traverser chaque peur, chaque émotion, chaque difficulté qui se présentent. Seul, nu face à soi-même, constamment, pendant un an.

Avec le temps, j’ai appris à rire de moi-même.

 

Un an c’est long, très long, très très long, croyais moi. Je dis souvent que ça équivaut en comparaison à trois années en Occident. Je me souviens du jour exact où je suis arrivé au sixième mois de ma diète. J’étais sur les rotules, soyons clair. Mais j’éprouvais à la fois du plaisir et de l’excitation d’avoir déjà accomplis la moitié du chemin ! A ce moment-là, levant les yeux,  j’ai littéralement fondu en larme devant les six mois à venir, face à ce qui me restait encore à vivre et à traverser.

Durant cette diète, j’avais avec moi un cahier de dessin que j’ai littéralement couvert de croquis sur chaque espace disponible. J’ai beaucoup dessiné et ça a été très libérateur. On m’a également offert des outils de sculpture pour bois et deux guimbardes que j’ai bien utilisées. J’en joue encore souvent.

La complicité qui s’est installée avec Guillermo durant cette année de diète est indescriptible. Il faut savoir qu’au cours de cette année d’isolation il n’est venu me voir physiquement qu’une dizaine de fois sur plus de 365 jours. La plupart du temps, il bossait dans son autre centre de soin pour occidentaux.

Par contre, je pouvais le sentir chaque jour, chaque moment, chaque seconde avec moi, m’accompagnant dans mon apprentissage, m’observant sans jamais intervenir malgré mes pleures et les moments difficiles. Il était constamment là, bienveillant. Un lien de cœur à cœur s’est créé, quelque chose de profond et d’authentique.

Après tant d’épreuves au cours de cette diète, tant de moments difficiles mais aussi inoubliables, de larmes de tristesse et de joie jaillirent à faire vibrer et redonner vie à chacune de mes cellules, à manger la patience chaque seconde durant un an, à gouter face aux forces de la nature l’humilité, à rire, rire souvent de moi-même, c’est ce qui m’a sauvé de nombreuses fois de la folie.

Arriva la fin de ma diète.

Enfin Guillermo au cours d’une cérémonie ferme l’apprentissage, place la connaissance et l’énergie des plantes à l’intérieur de mon corps ;  les larmes coulent, l’intensité du moment est forte. Un lien sincère avec la nature est inscrit au plus profond de mon être à vie.

Voici toutes les œuvres réalisées pendant mon isolation en 2008/2009.

Puis retour à la vie normale. Enfin pas si facilement que cela.

Les mains dans les poches. Maigre comme un coucou, des cernes sous les yeux, les habits troués. Un an s’est écoulé et c’est visible sur moi.

L’après diète est difficiles, le retour à la vie normale prend du temps.

Il y a un temps d’adaptation nécessaire au niveau de l’alimentation pour réintégrer lentement chaque aliment, ré-avoir une simple discussion, retrouver un rythme de vie.

Guillermo m’a offert le plus beau cadeau que l’on pouvait me faire pour me remercier : sa pipe de chaman, l’un des outil essentiel du guérisseur shipibo-conibo.

Je suis rentré en Occident me reposer, revoir ma famille et mes amis, dessiner, pratiquer de temps en temps et reprendre le rythme de la vie occidentale.

Deuxième année d’apprentissage

Un an après, je suis retourné voir Guillermo et Ricardo.

Guillermo était en pause et ne prenait plus d’apprentis. Ricardo m’a alors ouvert une nouvelle diète d’apprentissage d’un an que je devais faire chez moi.

Il n’était pas prévu que je retourne faire une deuxième année d’isolation. Un an, c’est déjà beaucoup et suffisant, mais Ricardo me parla du nouveau centre qu’il était en train de monter au Pérou et me proposa de venir dièter sur place pour continuer de me soigner et pratiquer en même temps. Je n’ai pas hésité, autant être au Pérou, pour pratiquer en continu dans un centre de soin.

Mais une fois sur place, on me fit construire un « Tombo », petite cabane spéciale pour Diète. Quitte à dièter autant bien le faire ! Rire.

Voilà comment je me suis retrouvé à effectuer une deuxième année en isolation.

Ricardo en a profité pour me passer au karcher (comme on dit) pour me nettoyer de ma noirceur,  j’ai découvert alors que j’aimais la couleur.

Pendant une diète, il est important de ne pas laisser entrer en soi d’informations afin de laisser la place à l’enseignement des plantes. Donc discuter, lire, regarder un film, n’est pas recommandé. Par contre laisser sortir des choses de soi, oui. Écrire, dessiner, chanter, jouer de la musique en l’occurrence pour moi de la guimbarde, oui. C’est même conseillé.

J’ai donc beaucoup plus dessiné pendant cette deuxièmement année. J’étais mieux préparé, j’avais de l’aquarelle et un cahier de dessin complètement vierge.

Cette année a était aussi difficile, les épreuves étaient différentes, mais l’ayant déjà vécu je savais à quoi m’attendre. Finalement, elle a semblé passer plus vite.

Ricardo a fermé ma diète et pour me remercier à organiser une « Ani-Sheati », fête traditionnelle Shipibo qui a lieu dans de rare occasion. Durant cette fête on me coupa les cheveux pour les offrir aux esprits pour les remercier. Des Shipibos-conibos des communautés voisines étant venus pour cette occasion, on a festoyé du matin au soir. Ce fut un beau cadeau.

L’après Diète

Cette médecine demande beaucoup de patience et d’humilité. L’intégration est un processus lent mais inévitable. Quoi que l’on fasse, la connaissances des plantes s’intègrent lentement dans le quotidien. La graine qui a germé durant la diéte continue à pousser et au fil du temps on lâche le tuteur ; ici le chaman, elle devient alors petit à petit, un arbre, un arbre de connaissance.

Mon art a considérablement changé. Grandement influencé par ses expériences vécues au cours des ces deux années de diète au Pérou ça m’a ouvert les portes des mondes invisibles, le mondes des esprits et mes dessins en ont été pleinement imprégnés.

Tel un anthropologue, j’ai retranscris sur papier l’essence de mon expérience. J’ai appris à prendre en considération les autres dimensions dans mon quotidien, en Occident.

J’ai réalisé aussi quelques projets et commandes d’art.

Peu à peu,  j’ai pris conscience que je m’étais grandement ouvert et plongé dans le monde de l’invisible et des esprits- « l’énergie », voir un peu de trop même. J’ai commencé à vouloir planter mes racines, pour mieux grandir, fonder une famille, avoir des enfants, un travail stable, en bref une vie ordinaire.

J’ai rencontré ma femme actuelle qui à l’époque avait deux enfants en bas âges, ce qui ma considérablement aidé à atterrir et changer de rythme de vie.

J’ai souhaité alors rééquilibrer pas mal de choses : énergie/matière,  subtile/concret, esprit/corps, pour une vie plus épanouie. Le médecine traditionelle shipibo a en effet pris une place trop importante dans ma vie.

J’ai arrêté peu à peu de pratiquer la médecine traditionnelle des shipibos, tout en continuant de donner des soins mais sans prise de plantes, notamment dans le cadre de développement personnel. Puis tout cela s’est arrêté naturellement aussi.

Aujourd’hui je suis papa et j’enseigne en Suisse l’art aux adultes et surtout aux enfants, où je m’épanouis pleinement. Mon art est encore influencé par cette expérience.

Mon nom Shipibo est « Sangue Rono » qui signifie :

« Les belles visions qui soignent ».

© 2019 Teddy Ros. Tous droits réservés.

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